Aux Philippines, le Kilo de riz est passé de 13 à 32 pesos en 3 mois (0,50 €). Ça n'a l'air de rien mais pour des des millions de Philippins, l'assiette sera moins remplie.
Si l'Asie s'inquiète pour son garde manger, l'Afrique, elle, commence réellement à paniquer. La bas, la rue ne semble parler que ça : les prix des denrées quotidiennes sont devenus fous.
En moins d'un an, hausse du blé, du riz, de l'huile sur tous les marchés mondiaux associés à de médiocres récoltes locales et une absence de contrôle des prix ont créé un dangereux cocktail, qui a conduit à faire exploser les tensions sociales et remettre en cause la stabilité politique.
Selon le FAO, le prix moyen d'un repas de base a augmenté de 40 % en un an!
Il y a de cela 6 mois, cette organisation avait déjà parlé de possible "émeutes de la faim" courant 2008. Du Cameroun à la Côte d'Ivoire, en passant par l'Egypte ou le Sénégal, les manifestations contraignent les gouvernants à instaurer un contrôle des prix.
Prenons juste l'exemple d'Abdjdjan.
En 4 mois, le prix du kilo de riz est passé de 250 à 650 francs CFA (quasiement 1 euro); celui de l'huile a augmenté de plus de 40 %. Le savon, le lait, la viande ont dépassé les 30% de croissance.
Et encore, la Côte d'Ivoire bénéficie de son lien avec l'Euro, une devise forte. Les Philippines par ex, souffrent d'avantage, car la monnaie est accrochée au dollar américain.
Il faut malheureusement se rendre à l'évidence : les états ne maîtrisent plus grand chose.
Supprimer les droits de douane, baisser la TVA... peu de leviers à leur disposition. l'Égypte a même décidé d'imposer une mesure radicale : l'interdiction temporaire d'exporter le riz produit localement.
Au Sénégal, au Maroc, des manifestations ont dégénérés, déclenchant des émeutes, et des morts.
En Mauritanie où l'autosuffisance alimentaire ne dépasse pas 30 %, la situation est encore plus dramatique. Le pays va connaître ce que les Nations Unies appellent pudiquement "une crise alimentaire sérieuse" dans le courant de l'année 2008.
Au Burkina Faso, ce sont les syndicats qui appellent à une "grève générale" cette semaine pour réclamer le contrôle des prix et la réduction des taxes sur les carburants.
Mais qui a bien pu créer cette situation de crise? La disparition des terres agricoles? La raréfaction des denrées Alimentaires?... La réponse soit bien plus simple.
Il s'agit vraisemblablement du résultat des politiques prônées par les institutions financières internationales.
Depuis des dizaines d'années, elles ont encouragé les cultures d'exportation comme le coton, au détriment des cultures alimentaire, plus avantageux d'acquérir, à bas prix, sur le marché international. Elles ont surtout poussé au démantèlement des structures nationales de contrôle des prix.
Aujourd'hui, les états se tournent vers ces mêmes institutions dans l'espoir qu'elles leur proposent une solution, mais le FMI ou la Banque mondiale sont eux-mêmes dépassés par les évolutions récentes.
Cette dernière n'a d'ailleurs rien trouvé de mieux à faire que de retourner sa veste dans son dernier rapport annuel, incitant les gouvernants à remettre en place des politiques de cultures vivrières.
Et bien évidemment, il faudra des années pour modifier les modèles de développement...