N'oublions pas que...
Dalil Boubakeur exprime son "profond respect" et sa "totale admiration", Jean-Louis Borloo rend hommage " à l'homme qui a passé sa vie au service des autres", Marie-George Buffet parle d'une "...grande figure dont le combat a marqué notre époque", l'abbé Pierre "a marqué le siècle", selon François Bayrou, pour Nicolas Sarkozy, "le coeur de la France est en berne", "Perte gigantesque!" pour Jack Lang, etc...etc...
L'émotion suscitée par la mort du fondateur d'Emmaus est profonde chez les français alors chacun y va de son petit couplet.
Evidemment, ne tombons pas dans le cynisme, il y a l'appel de l'Hiver 54, son combat permanent pour les mal-logés, les fameux "compagnons d'Emmaus"... mais à la manière d'un commandant cousteau, il y a aussi le dérapage. Dérapage outageusement passé sous silence ces derniers jours.
Courant 1996, l'abbé Pierre apporte dans une lettre rendue publique son soutien à Roger Garaudy. Ce philosophe, un ancien du PC passé du stalinisme au catholicisme, puis à l'islam, est poursuivi pour avoir publié "les Mythes fondateurs de la politique israélienne", un ouvrage négationniste.
L'abbé Pierre saluait alors Garaudy et sa "quête d'absolu", il loue "l'érudition exceptionnelle" d'un intellectuel "qui recherche la vérité face à des déformations indiscutables de la réalité". Il va jusqu'à écrire : "Il est tout à fait normal que nous ayons été portés à des exagérations après la guerre." Et il ajoute, dans une lugubre lapalissade : "A Auschwitz, on a inscrit sur une plaque qu'il y avait eu quatre millions de morts. Puisqu'on en est revenu aujourd'hui à un million, c'est que le chiffre de quatre millions était exagéré." Faurisson et ses amis se frottent les mains devant ce renfort inespéré. Malgré les critique, et la déception de ses proches, l'abbé persiste et appelle même à lever le tabou de l'Holocauste.
Devant le scandale, l'abbé fera son mea culpa dans "la Croix", où il regrettera d'avoir offensé ses "frères juifs".
Mais il est trop tard. Il est exclu de la Licra. Il choisit de s'exiler pour un temps en Italie. Il n'est plus qu'un vieil homme faillible marqué par son éducation bourgeoise marqué par un antisémitisme de bénitier.
En réalité, les Français ne connaissaient pas l'abbé Pierre.
En 1993, dans un entretien avec Bernard Kouchner, l'abbé Pierre avait laissé entrevoir un antijudaïsme chevillé au corps. Il avait reproché aux Hébreux de l'Antiquité d'avoir exterminé les Philistins afin de prendre possession de la Terre promise.
Bernard Kouchner lui gardera son amitié malgré ses pulsions négationnistes.
Ce jusqu'à l'affaire Garaudy, où là ils cesseront de se voir durant de nombreuses années.
Pour Bernard Kouchner, l'abbé Pierre faisait parti de ces chrétiens qui'n'ont pas renoncé à l'accusation de déicide abandonnée par Vatican II. Ils sont possédés par un antijudaïsme qui se confond avec leur antisémitisme.
Le saint Vincent de Paul du xxe siècle était finalement resté toute sa vie Henri Grouès, un petit catholique lyonnais prisonnier de son passé.
















On pourra en rediscuter à l'occasion... mais effacer tout le bien qu'a fait cet homme par un défaut d'interprétation me semble limite. Mais enfin, chaque peuple a ses côtés sombres, ses lâchetés mais aussi ses richesses, ses "faits d'armes"...
Moi qui aime beaucoup te lire habituellement, là, je te trouve moyen sur le sujet.
Au plaisir d'en rediscuter de vive voix un de ces jours
Cityzen
Rédigé par: Cityzen | 30 jan 2007 at 23:25
je suis paradoxalement assez d'accord.. on ne peut pas occulter d'une maniere aussi definitive tout le bien que cet homme a pu repandre autour de lui, et ceci quelle que soit la violence de son derapage qu'il n'est pas question de remettre en doute..
donc, meme si je n'oublie pas, je relativise assez legerement, de la meme maniere que je relativise legerement quand j'ecoute Karajan diriger le philarmonique de berlin, ou bien quand je relis le voyage au bout de la nuit..
l'important est: que va t'on retenir de lui?? qu'on ait passé legerement sous silence le derapage de l'abbe en ce qui concerne garaudy est une bonne chose.. pourquoi?? parce que un homme qui fait autant de bien ne peut pas penser aussi mal.. du coup, j'aurais eu personnellement un peu peur que l'on assiste à une sorte de "legitimisation" de la pensée revisionniste..
Rédigé par: Rubens | 31 jan 2007 at 00:18
Oh la calmons nous... je n'ai jamais dit que l'abbée Pierre était Pétain. Simplement qu'à l'instar d'un Cousteau, car Cityzen, contrairement à ce que tu écris, ce n'est pas un défaut d'interprétation, mais une prise de position que l'abbé a réitéré plusieurs fois, et qui lui a couté notamment l'amitié de Kouchner, l'abbé eut aussi ses faces sombres.
J'aurais préféré qu'on occulte pas totalement cela. Mais cela ne remet pas en cause la "bonne action" de l'abbé Pierre...ce n'est pas tout l'un ou tout l'autre. Simplement un "tout".
Rédigé par: Monsieur F. | 31 jan 2007 at 03:42
Monsieur F, quand je disais "défaut d'interprétation", je parlais bien de la prise de position de l'abbé qui a mal interpreté une information pour se forger une conviction.
Petite parenthèse sur Vatican II au passage, tu précises que ce Concile a mis fin à la haine que ressentaient les catholiques vis à vis de leur "grande soeur dans l'Eglise" au sujet de la mort du Christ... mais Vatican II est très récent... Les vieux cathos, pendant des années et des années, on leur a enseigné que Jésus était mort crucifié par des Juifs... c'est un ancrage fort à éliminer aujourd'hui et tu as beau leur parler des Cohen, de problèmes politiques... ils ont dû mal à se convaincre que tout ce qu'ils ont appris dans leur jeunesse est faux...
Bon, ceci dit, Rubens, ça va toi ? Toujours pas devenu magicien ? ;-))
Rédigé par: Cityzen | 01 fév 2007 at 02:30
"Le saint Vincent de Paul du xxe siècle était finalement resté toute sa vie Henri Grouès, un petit catholique lyonnais prisonnier de son passé." Je suis daccord avec vous, TOUT LE MONDE devrait prendre un peu de distance avec son passé, afin de ne pas en être prisonnier...
Rédigé par: the updater | 08 fév 2007 at 04:26